L'association Les Amis de Leo Drouyn vous invite à découvrir dans de conviviales rencontres, sur les pas de l'artiste archéologue du XIXe siècle, le patrimoine girondin, ses richesses architecturales, artistiques, ses paysages et son terroir...

lundi 20 août 2012

Budos le 04 Août 2012 - Compte-rendu


Fête à Léo 2012.
Des sources de Budos aux berges du Ciron
Samedi 4 Août

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Malgré l’éloignement des lieux visités ce jour, malgré la date correspondant au « chassé-croisé » très circulé entre juilletistes et aoûtiens, la Fête à Léo a déplacé 160 marcheurs intéressés de rencontrer le patrimoine local décrit en partie par Léo Drouyn. La mairie de Budos servait de lieu de rendez-vous avec son café de bien venu. Le beau temps s’était invité à la Fête comme à l’accoutumée.
Sur l’une des façades de la maison commune (ancien presbytère), présence de quatre extraits de chapiteaux de qualités et de conservations inégales.

Chapiteaux : Tête d’une colonne couronnant le fût et supportant l’entablement (architecture).

Ils furent sauvés des travaux de reconstruction du clocher effectués au XIXème siècle. Ils proviennent tous de l’église primitive. Cette dernière datait de la seconde moitié du XIIème siècle. Elle était située au cœur du village qui était juché sur un promontoire dominant la vallée de la Garonne au nord et la vallée du Ciron vers l’est. La sculpture des chapiteaux devait illustrer quatre des péchés capitaux.  Ici, la discorde (deux hommes en robes longues se disputant) et l’avarice (diable étreignant un homme avec une bourse).
L’église initiale devait ressembler aux églises rurales du Moyen Age. Elle devait être dotée d’une nef unique orientée vers l’est avec une abside en cul-de-four qui existe encore.

Cul-de-four : voûte formée d’une demi- coupole (architecture)

La façade ouest était surmontée d’un clocher pignon plat surmonté de trois ouvertures recevant les cloches.

L’église actuelle revisitée architecturalement par le cardinal Donnet présente un autre aspect notamment avec le clocher porche qui surplombe et protège le portail. Cette intervention a été rendue nécessaire car le clocher pignon roman se lézardait menaçant de s’écrouler. Il est dit que du sommet du clocher actuel il est possible de voir 33 autres clochers à la ronde. Sous ce porche l’encadrement de la porte est du XIVème siècle. Les deux sculptures présentent évoque les péchés capitaux dont la luxure (femme grimaçante avec un serpent qui lui tête le sein), la gourmandise (homme joufflu encapuchonné)
Présence de deux nefs latérales encadrant la nef principale. En effet, entre la fin de la guerre de Cent Ans (1453) et le début de la fronde (moitié XVIème siècle) une longue période de paix et de tranquillité a favorisé une expansion démographique. Il fut nécessaire d’agrandir les églises (nefs latérales ou bas-côté) car la pratique religieuse était en forte augmentation.
Le chevet roman de l’église de Budos présente une architecture sur trois niveaux. Les interventions rénovatrices, toutefois, ont laissé des traces qui nuisent à la qualité architecturale présentée (notamment avec la présence de deux contreforts à glacis).

Contrefort à glacis : Pilier de renforcement en saillie sur un mur ou séparé de celui-ci dont la poussée lui est transmise par un arc boutant. Glacis : pente pour assurer l’écoulement des eaux (architecture).

Les murs sont faits dans un bel appareillage. Les baies sont dans la tradition saintongeaise. Le chevet composé de 9 pans est rythmé par des colonnes groupées par trois engagées au tiers ou au quart.  Présence de contreforts à glacis qui en disent long sur les contraintes (surcharges et poussées) auxquelles il fallut s’opposer pour assurer la pérennité de la construction. Un élégant cordon de feuillage sculpté court le long de la façade.

A l’intérieur, précédé par l’arc triomphal en forme d’« anse de panier » l’abside du chœur est dissimulée derrière un mur construit au XVIIIème siècle. Il porte une représentation de St Romain. Les bas-côtés ont accueilli les sépultures des barons La Roque-Budos. Un petit autel en bois, érigé en l’honneur des morts du village disparus pendant les deux guerres mondiales, recouvre une énorme pierre circulaire dotée d’un trou axial obturant hermétiquement un passage mystérieux. Il a été convenu de garder à ce passage le secret qui lui appartient. L’église de Budos est dédiée à St Romain. Cette dédicace serait assez rare en Gironde car seulement utilisée une dizaine de fois.

Château de Budos :
Fut construit sur ordre de Raymond Guillem de Budos neveu du pape Clément V bien doté par ce dernier. Il refait le vieux château familial en 1306 s’inspirant des dispositions architecturales du château voisin de Villandraut. Le château initial devait se situer à proximité ou bien en lieu et place du château actuel. Il sera la propriété du roi d’Angleterre puis plus tard sera donné à Gaston IV de Foix-Béarn, comte de Foix. Il sera pillé, saccagé et ses archives brûlées en 1652. En 1825, le bâtiment est vendu comme bien national. Au milieu du XIXème siècle ses pierres sont vendues à la pièce pour assurer le flottage du bois sur le Ciron. Il est sauvé par Léo Drouyn qui aurait saisi la Commission des Monuments Historiques de la Gironde. Ce château propose une architecture globale du 14ème siècle mais avec les traces de trois campagnes de modifications ou restaurations qui ont eu lieu entre le 15ième et 16ième siècles, puis fin 17ième et 18ème siècles et au 19ème siècle. Il est inscrit à l’inventaire des monuments de France. Il fait l’objet, actuellement, d’une rénovation menée par l’association Adichats. Léo Drouyn a dessiné le château en corrigeant certains détails qui ne lui convenaient pas.

Le château est bâti sur un plan rectangulaire de 46 m x 56 m avec des tours aux angles (circulaires pour trois d’entre elles et une octogonale). Cette dernière servait de pigeonnier. Elles mesurent 20 m de haut sur 3 étages et ont un diamètre de 7.50 m sauf la tour octogonale  3.50 m. Sur les tours, présences d’archères à croix pâtée utilisées pour les tirs à l’arbalète. Au milieu de la croix apparaît un orifice circulaire (modifications survenues ultérieurement) appelé bouche à feu qui permettait le tir des armes à feux. Ces tours dominaient les courtines et le vaste logis protégé par de hautes et épaisses murailles 1.1 m à leur base. 

Courtine : Dans l’architecture militaire médiévale c’est le mur reliant deux tours.

Le logis adossé contre les murailles délimitait une cour intérieure de 40 m x 50 m. Des latrines apparaissent sur les murs arrières et intérieurs. La chapelle se trouvait à droite de l’entrée accessible de la cour. La prison occupait la tour nord et avait vue sur les fossés. Il y avait aussi un puits dans la cour intérieure. Il n’y avait pas d’oubliettes (invention qui a la réputation tenace) mais des pièces enterrées servant à la conservation des denrées alimentaires ou bien des pièces de stockage des poudres et autres armes de défense.

L’entrée se faisait sous une tour porte de grandes dimensions, de forme carrée dotée d’une herse et précédée autrefois d’un pont levis enjambant des fossés. Ces derniers avaient une vingtaine de mètres de large sur une dizaine de mètres de profondeur et étaient remplis d’eau en provenance de la source de Budos. La tour était crénelée et surmontée d’un chemin de ronde qui reliait les autres tours.
La porte d’entrée précédant la terrasse, située à une quarantaine de mètres des fossés était surmontée d’une petite tour carrée nantie d’un beffroi abritant autrefois une cloche.

Beffroi : Tour clocher utilisée autrefois pour surveiller l’horizon et sonner l’alarme. (architecture)
             C’est aussi une tour mobile en bois servant à l’attaque des places fortes. 

Le verger occupait le versant nord du château, le parc était à l’ouest et la terrasse à l’est.

En chemin nous avons croisé la Chinoise : Petit édifice appareillé en pierre qui tire son nom de la forme de sa toiture qui n’est pas sans rappeler un chapeau chinois. Ce serait une des rares anciennes glacières du 17ème siècle dont l’extérieur serait encore en état. Elle avait un puisard à disposition. Au cours du temps, son intérieur a été modifié pour répondre à des usages différents.

Les sources de Budos : Etaient de tous temps connues et ont constitué longtemps une curiosité naturelle. Elles ont disparu pour laisser place à une usine de traitement de l’eau. Toutefois, nous disposons d’une description des lieux trouvés en 1884 au moment de la constitution du dossier d’expropriation demandée par la ville de Bordeaux au détriment de Pierre Dessans meunier propriétaire des sources et du moulin. Les Budossais disposaient alors d’un puisage à volonté pour leurs besoins personnels. Un moment contesté, cet avantage leur fut rendu définitivement.

    Il y avait là une prairie au milieu de laquelle se trouvait une profonde excavation taillée dans le rocher dominant un vaste bassin de forme circulaire ouvert en direction de l’est. De la paroi rocheuse jaillissaient (13) sources aux débits inégaux. Cet ensemble alimentait un canal d’amenée des eaux de sources au moulin de Fontbanne (fontaine banale). Il daterait du Moyen Age et devait être contemporain du château de Budos.
  
C’était sans compter les besoins exponentiels en eau douce de la ville de Bordeaux pour faire face à son développement urbain.
Jusqu’au 19ème siècle la ville de Bordeaux avait puisé son eau douce dans ses propres puits et ses fontaines. Au milieu du 19ème siècle les besoins en eau dépassèrent ses capacités d’approvisionnements traditionnels. Il fallait se procurer d’autres ressources en eaux potables en dehors des limites de la ville. Ce fut le cas avec les sources du Taillan qui s’avérèrent insuffisantes. On imagina entre autres solutions de creuser un puits artésien très profond, de pomper l’eau de la Garonne et de la filtrer. Toutes les solutions étudiées furent rejetées. On pensa alors aux eaux de Budos qui avaient les avantages d’être d’une qualité remarquable, d’un débit régulier en toutes saisons et de quantité suffisante pour répondre aux besoins de la consommation en eau de Bordeaux. L’éloignement de la source (41 km) constituait un inconvénient majeur au même titre que de pouvoir disposer du titre de propriété de ces eaux appartenant à Pierre Dessans meunier propriétaire des lieux.
La ville expropria par jugement devant le tribunal de Bordeaux ce dernier et commanda la réalisation d’un aqueduc souterrain en moellons maçonnés. Il fut étudié par l’ingénieur de la ville de Bordeaux Marcel Wolff en 1872. Il fut construit entièrement à la main, par des maçons portugais, sans engin mécanique de 1884 à 1887. Il est de forme ovoïde et a une pente de 6.7 cm par kilomètre. Il franchit huit cours d’eau au moyen de siphon pour un coût total de 5 millions. Il fut inauguré par le maire de Bordeaux Alfred Daney en 1887.
En lieu et place du bassin rocheux initial où jaillit la source de Budos, il fut construit une « cathédrale d’eau », autrement dit un vaste réservoir doté de cinq nefs sur voutains, de plan carré. Il est dissimulé sous une dalle couverte d’une prairie artificielle entouré d’un mur au cœur d’une usine dont la réalisation initiale a mutilé le site. La source de Budos est captée naturellement, filtrée sur un lit de charbon et expédiée à une température constante de 18° dans l’aqueduc.
A l’aval cette eau est collectée et traitée à la station du Béquet située à Villenave d’Ornon avant d’être distribuée dans les villes de Bordeaux, Talence, Floirac et Cenon.

Les eaux que nous consommons auront subi pour la plus part une simple aération, si nécessaire une déferrisation et une chloration. Avant de mélanger les eaux de Budos avec celles des captages de grandes profondeurs, elles subiront une floculation au sulfate d’aluminium. Chaque eau potable mise à disposition des consommateurs fera l’objet d’une enquête bactériologique, la présence de nitrate sera recherchée idem pour les pesticides, sa dureté (teneur en calcium et magnésium) sera établie, le niveau de fluor (oligo-élément présent naturellement dans l’eau ne devra pas dépasser un seuil admissible. Le plomb n’est pas présent à l’état naturel dans l’eau mais dans les canalisations anciennes d’adduction en eau potable. Actuellement, est en cours, une importante campagne de remplacement des canalisations en plomb sur la totalité du territoire communautaire. La désinfection de l’eau peut engendrer momentanément des variations de son goût et de son odeur. Sur vos factures un numéro est à votre disposition pour y découvrir les gestes simples de consommation qui devraient atténuer ces inconvénients.

Moulin du Battant : On y battait les draps avec des maillets. Ce moulin ferme le site initial des eaux de source de Budos. Il a échappé à la destruction. Le bief qui alimente l’ouvrage a ses berges entièrement rénovées donnant à ce lieu une sérénité, une quiétude que ne manquèrent pas de relever un grand nombre de marcheurs du jour.

Le traditionnel pique-nique se fit au Pont de la Madeleine qui enjambe le Ciron. Nous y avons apprécié l’apéritif offert par la mairie de Budos, servi par son dynamique Maire.

Intervention de Philippe Roudié concernant le vignoble du Sauternes :
Il convient nous dit il, en préambule, de présenter le Ciron à l’origine des brouillards qui vont générer la présence de la fameuse « pourriture noble »:
Le Ciron (Ciroun au Moyen Age car il se jetait plus au nord à Cérons) est un affluent de la Garonne qui prend sa source dans les Landes de Gascogne près du château de Peyrebère à Lubbon pour se jeter dans la Garonne à Barsac en amont de Langon après avoir parcouru 97 km.
Autrefois, il avait un rôle économique très important. Il était sollicité par les moulins, les forges, les papeteries en plus de l’irrigation locale des céréales. Il supportait le flottage et le transport de différentes denrées de l’amont vers l’aval. Il fut un axe de communication très important pour les économies locales. Ses berges sont aujourd’hui des réserves floristiques (présence notamment d’une forêt relique, la hêtraie relique et son cortège de champignons et de végétaux exceptionnels à ces latitudes) et aussi des réserves faunistiques sensibles (y sont observées les nidifications entre autres d’oiseaux remarquables : le-gros-bec-casse-noyaux, la mésange nonnette, le pouillot siffleur). Actuellement, la pratique du canoë, le tourisme vert lui permettent d’être entretenu. Jusqu’à quand ? A noter la présence de micros centrales électriques fonctionnant pour le compte de l’EDF. 
   
Pour faire court, il conviendra de savoir que l’humidité apportée par les eaux fraîches du  Ciron favorise l’apparition de brumes matinales notamment à l’automne propices au développement du Botrytis cinerea champignon qui amène de la pourriture (appelée depuis la pourriture noble) sur la vigne proche. C’est aux bienfaits de ce champignon que les vignobles du Sauternes et de Barsac doivent leur qualité et leur réputation. L’appellation Sauternes A.O.C couvre les cinq communes suivantes : Barsac, Bommes, Fargues, Preignac et Sauternes sur un terroir de 2200 hectares.
Les légendes :
En 1847, le marquis de Lur-Saluces parti chasser le loup en Sibérie arriva  tardivement pour superviser ses vendanges trouvant son raisin à l’aspect pourri. Il rentra néanmoins sa récolte et découvrit bientôt les bienfaits de la « pourriture noble ».
En 1836, le négociant bordelais Focke d’origine allemande aurait attendu la fin des longues pluies automnales pour faire ses vendanges. Le soleil revenu les grappes se desséchèrent, la pourriture se développa et la récolte fut une réussite.
Sans nier ces anecdotes les historiens constatent à la fin du XVIème siècle que les marchands Hollandais poussent à la fabrication de vins blancs sucrés pour leurs clients nordiques. Ils ajoutent au vin du sucre, de l’alcool, des sirops et des plantes macérées. Au XVIIème siècle, présents dans le vignoble de Barsac, ces même Hollandais visent une production de vins blancs doux sucrés sans que la pourriture noble n’intervienne de façon radicale.
A cette époque des textes font allusion à des vendanges qui appliqueraient des techniques qui rappellent ce qui se fera ultérieurement dans le sauternais. Problème : ces vendanges se situeraient du côté de Loupiac et Ste Croix du Mont.
Les grandes familles propriétaires des châteaux les plus prestigieux dans le sauternais au XIXème siècle orientent progressivement l’élaboration de leurs récoltes après des vendanges faites sur des raisins sur mûris.
Actuellement les vendanges peuvent se faire au grain de raisin et se terminent dans certains cas en décembre. Les vendanges s’effectuent par « tries » c'est-à-dire en plusieurs fois lorsque les grains sont suffisamment « rôtis » .

Cépages : C’est avant tout, le cépage sémillion typique de la région qu’on retrouve très peu ailleurs. Il serait à l’origine de la finesse aromatique du vin et entre pour 70% dans la composition de la vigne. Le sauvignon entre pour 20% maxi de l’encépagement du vignoble et donne un peu d’acidité. La muscadelle enfin capte la pourriture noble et donne ce jus doux un brin musqué et muscaté.

Le terroir : Deux terroirs géologiques distincts composent l’appellation Sauternes.
-Rive droite du Ciron, couvrant les communes de Preignac, Fargues, Bommes et Sauternes.
Nous constatons un étagement de terrasses de calcaire à huîtres, de marnes ou de sable argileux tous datant de l’époque tertiaire. Les sauternes occupent une partie des points hauts.
Les sols, bien drainés par le Ciron, sont de teintes blanche. Ils captent le rayonnement solaire la journée pour restituer, la nuit, la chaleur stockée limitant ainsi les risques de gel. Les racines des ceps vont parfois jusqu’à 10 m de profond pour puiser l’eau et les sels minéraux dont elles ont besoin échappant à la sécheresse autant qu’aux excès de pluie.
-A Barsac sur la rive gauche du Ciron, c’est à une autre composition des sols toute aussi favorable à la vigne que nous avons à faire. Les Barsac sont proches du Ciron dans les parties basses. Ce sont des sols minces d’épaisseur 40 à 50 cm que traversent aisément les racines des ceps de vigne pour coloniser les sols calcaires à astéries fissurés et perméables ce qui justifie l’A.O.C Barsac. Ce sont des sols rouges typiques de ce terroir qu’accompagnent des sables grossiers faiblement argileux et des galets.

Le climat : Le sauternais bénéficie d’une douceur particulière qui se traduit par des hivers mouillés mais cléments, des printemps humides et tièdes mais avec des gelées tardives, des étés modérément chauds qui assurent une maturité progressive évitant aux vins blancs les excès de sucre et les déficits d’acidité. Malheureusement, ces saisons sont l’occasion de violents orages de grêle qui peuvent détruire complètement la récolte d’une année.
Reste l’automne et son micro climat qui fait ou défait les millésimes. C’est la saison à partir de septembre des brouillards matinaux qui montent de la Garonne et du Ciron. Ils sont bloqués par la forée landaise et stagnent sur le sauternais favorisant le développement de la « pourriture noble ». Lorsqu’en fin de matinée le soleil dissipe ces brumes le Botritis cinerea a eu le temps d’agir en favorisant l’évaporation de l’eau des baies et une extraordinaire concentration du moût.

Moût : vin blanc doux qui n’a pas encore fermenté.

La vinification : Le champignon Botritis cinerea est capable de réduire une récolte de 40 hl /hectare à 18 hl. La densité de plantation est comprise entre 6500 et 7500 pieds à l’hectare. On taille court en respectant une règle ancienne 1 à 3 verres de Sauternes par cep de vigne. Les cépages sont vinifiés séparément en vue des futurs assemblages. On favorisera un élevage long en fût de chêne (18 à 20 mois) afin que ce dernier apporte au vin sa charge tanique et ses substances odorantes qui vont de la vanille à la réglisse, du clou de girofle à l’œillet.

Le château Filhot à Sauternes : Est un domaine viticole (52 ha) et d’agréments (290ha) situé sur la commune de Sauternes. Il porte le nom de Romain de Filhot (1641-1710) membre du Parlement de Bordeaux et créateur de l’appellation Sauternes en lieu et place de vins de Langon. Après le mariage de Marie-Joséphine de Filhot et d’Antoine de Lur-Saluces (cette famille possédait une grande partie des grands châteaux du Sauternais) en 1807, nous assistons à un regroupement progressif des principaux fleurons du sauternais. Ce château sera reconstruit (détruit en partie au 18ème siècle) sur le model du « Petit Trianon » et agrémenté d’un parc en 1845. Il obtient le rang de second grand cru au classement officiel des vins de Bordeaux de 1855. Léo Drouyn a laissé un dessin de ce château comme celui d’Yquem. Ce château possède une cour d’honneur très vaste destinée à accueillir des festivités mondaines.

Le château Lamothe Despujols : C’est un domaine viticole de 7,5 ha, situé sur la commune de Sauternes, classé deuxième grand cru au classement officiel de vins de Bordeaux de 1885. Il fut bâti au XVIème siècle à proximité d’un fortin  mérovingien érigé par les habitants du lieu pour se prémunir des invasions fréquentes au début et au cours du Moyen Age. Au cours de la Guerre de Cent ans l’ouvrage servit de puissante « redoute » à l’instar  des « oppidum »

Redoute : Petit ouvrage de fortification isolé. (Terme militaire)
Oppidum : Fortification romaine située en un lieu élevé. (Terme militaire romain)

 Les seigneurs de Fargues et de Budos en furent les propriétaires. Il servit de refuge au cours du conflit avec les Anglais. Cet ouvrage défensif (traditionnel au Moyen Age) se présente sous la forme d’un vaste rectangle fermé avec des tours aux angles formé ici de digues massives de pierres disposées en remparts liées entre elles par un ciment ferrugineux. Une épaisse couche de « terre forte » composée de marne, alios et argiles mêlées recouvre le bâti pierreux. Cette construction a une hauteur de 10 m et de grande épaisseur de mur. Des arbres, aux angles participaient à la consolidation de l’édifice.  Ce fortin (petit fort) érigé sur la crête d’un coteau très élevé devait représenter jadis un point stratégique très important pour les autochtones si l’on en juge le lieu accidenté (dominant la vallée du Ciron et la Garonne) et la solidité de la construction encore observable de nos jours.

Au cours de la ballade nous avons eu le loisir d’observer un colombier seigneurial (circulaire) dont les dimensions architecturales ne respectaient pas le code de construction traditionnel de ce type d’élévation au XVIIème siècle. Il possédait deux larmiers avec une hauteur sans rapport avec la largeur habituellement observée sur d’autres ouvrages similaires. Les propriétaires ont-ils voulu augmenter la capacité d’accueil des volatiles ? Ce droit de fuie est un marqueur fiscal et social. Signalons d’autres marqueurs : la présence à l’époque d’une girouette sur un toit, les armes d’une famille sur un carrosse, le droit de banc dans une église.

Cette journée dense en découvertes s’est déroulée dans la bonne humeur, sous le soleil avec des intervenants passionnants. Que ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de cette journée en soit remerciés chaleureusement.
Le remarquable récital de musique classique offert par le violoniste Giorgio Bocci en duo dans l’église de Budos a mis un point d’orgue à cette magnifique journée.

A bientôt sur les routes et les chemins de la Fête à Léo.

SOURCES :
Les intervenants, les communes de Sauternes et de Barsac, l’association Adichats, les sites officiels des châteaux visités, le site de l’histoire du vignoble de Sauternes.

Darquest Dominique