L'association Les Amis de Leo Drouyn vous invite à découvrir dans de conviviales rencontres, sur les pas de l'artiste archéologue du XIXe siècle, le patrimoine girondin, ses richesses architecturales, artistiques, ses paysages et son terroir...

mercredi 5 octobre 2011

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Sortie en Canéjan/Gradignan le 11 septembre 2011

Photos d'Yves Carlier
Balade « au fil » de l’Eau Bourde 
70 pèlerins ont répondu à l’invitation des associations ICARE (Itinérances culturelles Arts et rencontres), Riverains de l’Eau Bourde, Histoire et Mémoire de Canéjan, Pays de Cernès), des municipalités de Gradignan, de Canéjan et des Amis de Léo Drouyn.

 Toutes et tous se sont retrouvés au Prieuré de Cayac (Gradignan) pour une balade découverte du patrimoine et de l’histoire locale, le long de l’Eau Bourde. Cette manifestation s’inscrivait dans le programme de la Fête à Léo, organisée dans le cadre des Scènes d’été du Conseil Général. Journée pendant laquelle la pluie a joué à cache-cache avec les marcheurs, à l’abri sous les frondaisons de magnifiques arbres, des saules, des aulnes, des platanes, des bouleaux, des peupliers et autres chênes, dont certains largement centenaires. Cette journée découverte de la nature a permis aux intervenants du jour de partager avec le groupe une petite partie de leur savoir et de leur enthousiasme.

Le Prieuré fut le point de départ de notre périple. Mme Balion, architecte en charge de la rénovation de Cayac, était l’intervenante idéale pour dresser l’histoire de cet ensemble de bâtiments et leur avenir. Nous apprîmes que le pèlerinage de St Jacques de Compostelle (Nord-Ouest de l’Espagne) a été une formidable aventure spirituelle. Le Prieuré de Cayac (nom datant du XIVème siècle) fut autrefois un hospice, l’un des derniers témoin de cette époque. La route (RN10), jadis, passait entre le prieuré et l’église (~ 10 m). Les récentes fouilles ont démontré qu’à l’époque le passage était couvert. C’était l’une des entrées contrôlées de l’agglomération bordelaise. Au milieu du XIIIème siècle, Bordeaux souhaite que les édifices religieux soient plus distants du centre ville. Les notables de Bordeaux appréciaient le « filtrage » exercé en ces lieux. Il y avait ainsi moins d’indigents dans les rues de Bordeaux. Ici étaient soignés le corps et les âmes des pèlerins loin de la ville. Les pèlerins y reprenaient des forces avant de repartir, souvent en caravane, affronter l’inhospitalité (eaux insalubres, marécages, taons et moustiques) et l’insécurité (bandits qui volaient et tuaient) de la terrible traversée des Landes. A cette étape, on hébergeait, soignait et éventuellement enterrait les pèlerins.

Au départ, fin XIIème-début XIIIème siècle, un hospice ou hôpital tenu par des religieux accueillait les pèlerins car les hôtels tels que nous les connaissons n’existaient pas encore dans Bordeaux, ni ailleurs.
Du XIVème au XVIIIème siècle, l’hospice est transformé en prieuré (sorte de couvent), dont la fonction première n’est plus l’accueil des pèlerins.
En 1649 pendant la Fronde, le Prieuré subit d’importants dégâts et dut être restauré.
Du XVIIIème siècle jusqu’à la Révolution Française, l’ensemble des bâtiments appartient aux Chartreux. Les pèlerins se font moins nombreux. Les Chartreux en pleine contre-réforme avaient obtenu Cayac.

A partir de la Révolution, les bâtiments vendus séparément subissent de lourdes transformations. Les archives sont brûlées.
1979 – 1988 : La commune de Gradignan rachète l’église à la famille Calvet et le prieuré à la famille Barbet.
1981 : Déviation de la RN 10.
1988 : Après les fouilles, début de la restauration du prieuré.
Aujourd’hui, les bâtiments accueillent des associations de la vie culturelle locale, un gîte de 14 lits pour les pèlerins de St Jacques ainsi que le musée de Sonneville.
L’église et la nef centrale avec ses deux travées latérales, les trois portails font parties des éléments les plus anciennes (fin XIIème-début XIIIème siècle) de cet ensemble de constructions. Après la Révolution Française, l’église abrite une verrerie. Elle subit des transformations «mutilantes», avec notamment l’obturation de certaines ouvertures, la fermeture de la nef sud et l’installation des fours. A l’extérieur, des corbeaux devaient supporter une coursive fréquentée (galerie circulée). A l’intérieur, présence d’un arc triomphal en bon état de conservation. Le bas-côté sud est muré. Au XVIIème siècle, le plafond était déjà lambrissé. Il l’est encore. Les murs sont appareillés en moellons de blocage. Des sculptures (XIIIème siècle) de fleurs et de feuillages habillent les colonnes. A cette époque, les artistes empruntent leurs motifs à la nature.
Aujourd’hui, cette église prête son architecture intérieure aux expositions picturales et de sculptures.

Les façades sont inscrites à l’Inventaire des monuments de France.
C’est aussi le temps des herboristes et botanistes. Ici, on se nourrissait, on commerçait, on se soignait avec les plantes et les herbes.
Le petit château qui fait face à l’église n’existait pas au Moyen Age. Il y avait un bâtiment à sa place. Nous ignorons tout de lui. Il fut démoli et reconstruit au XVème siècle avec les pierres de la bâtisse primitive. Restauré au XVIIIème siècle, il fut occupé par les pères chartreux.(d’où le nom de la rue : la Chartrèze). Les fenêtres à meneaux datent de cette époque. Vers 1850, il fut transformé dans l’esprit médiéval alors à la mode (décoration de la grande salle et à l’extérieur, tour carrée et créneaux).
Les autres bâtiments, autant ceux accolés à l’église que ceux situés à côté du château, sont difficiles à dater. Beaucoup de détails présents dans le dessin de Léo Drouyn ont aujourd’hui disparus.

Les deux façades devaient être certainement reliées par un appareillage de bois. Nous sommes dans la forêt du roi Duc. Le bois est donc disponible en grande quantité et de qualité. Dans les façades, la présence de nombreuses briquettes rosées utilisées en remplissage s’expliquerait par la proximité d’une terre argileuse de qualité. Les fouilles entreprises récemment ont mis en exergue des tombes en bois, des murs de fondation, un espace trottoir. Avant et surtout pendant la présence des Chartreux, la disposition des locaux fut bien différente de celle d’aujourd’hui. Ils ont été adaptés, transformés, remaniés selon les conditions de vie de leur communauté.
Au cours de la promenade, nous avons pu observer le lavoir circulaire du château Lafitte, démonté et déplacé au moment de la destruction de l’édifice à cause de la construction de la rocade bordelaise.

Il est visible en lieu et place d’un lavoir plus ancien détruit dans le vaste parc communal St Albe. La commune de Gradignan est maillée de nombreuses sources et fontaines.
Au cours de cette balade dominicale, nous avons eu l’opportunité d’observer une motte castrale bien conservée, aux fossés encore très bien dessinés et au vallum bien profilé. Erigée sur les terres des seigneurs d’Ornon, la motte féodale St Albe devait s’inscrire dans un ensemble de mottes défensives, assurant sans doute la sécurité des terres seigneuriales. Le sommet du mouvement de terre a dû être occupé initialement par une tour d’observation en bois ou bien par le château initial de St Albe. Un pont-levis enjambait les fossés permettant l’accès à une basse-cour intérieure dans laquelle les populations se réfugiaient pour échapper à la barbarie des groupes armés.
La motte du Castéra, invisible, dissimulée derrière des ronciers, offre peu d’intérêt, comparée à la précédente. A quelques centaines de mètres, la motte Seguin; invisible aussi ; elles ont participé à un système ingénieux de défense des terres.

Le château, le Castera d’Ornon (XIIIème siècle), est une véritable ruine. Seuls restent une partie de la tour donjon et quelques pans du rempart qui menacent de s’effondrer.
La balade le long du ruisseau l’Eau Bourde fut l’occasion d’apprécier le cadre bucolique de ses berges. Notre intervenant évoqua les différents passages ou gués, notamment l’important et ancien gué d’Arcachon, chargé d’histoire. Il commenta la présence de nombreux moulins (une vingtaine) sur ce ruisseau. Il parla du moulin de Laroque, dont il reste des ruines (12ème siècle). Le moulin d’Ornon, le moulin du Haut (13ème siècle) et le moulin de Rouillac furent aussi mentionnés. La vingtaine de moulins à eau y assurèrent longtemps le développement de l’économie locale. Certains d’entre eux, quand ils manquaient d’eau, produisaient de la glace, servaient à moudre le cacao ou de scierie. Le dernier moulin était la propriété du Baron Haussmann. L’eau de source une fois captée, était amenée à Cestas. Des béliers propulsaient l’eau jusqu’à une bonne distance pour l’acheminer jusqu’à la ville. Autour de ce moulin, nous pûmes admirer une belle allée plantée de platanes impressionnants. D’autres curiosités attirèrent notre attention, notamment cette fontaine de la Vierge où personne n’a trouvé de statue, ni n’a de preuve de l’existence d’un pèlerinage ou autres traces de dévotion.

Le retour de notre escapade dominicale se fit en longeant à nouveau les berges de ce ruisseau. Nous prîmes le temps de goûter aux joies «d’une classe verte» improvisée, animée par Mme Myriam Reffay, aux commentaires avisés et passionnés. Notre enseignante du jour nous présenta les fleurs, les plantes et leurs propriétés, que le hasard avait bien voulu mettre sur notre chemin. Ainsi fîmes-nous connaissance, entre autres, avec les fleurs et plantes suivantes :
Un parterre de lépiotes, champignons poussant en groupe, de couleur beige, du houblon, servant à aromatiser les bières, l’alliaire, plante à fleurs blanches, exhalant une odeur d’ail, le pissenlit (à cause de ses vertus diurétiques). Les amateurs aiment l’amertume de ses feuilles dentelées qu’on mange en salade. Les racines de certaines espèces de pissenlit fournissent du latex lorsqu’on les rompt, la verveine médicinale. On pensait autrefois qu’elle était magique, le gattilier, arbrisseau à longues grappes de fleurs mauves. C’est le poivre sauvage ou « poivre des moines ». Connu depuis l’Antiquité pour calmer l’ardeur des maris partis combattre, la benoite (bénite au Moyen Age). Elle fait tomber le feu et permet aux plaies de cicatriser. Elle sent le clou de girofle, la reine des prés ou aspirée. Lorsqu’on froisse ses feuilles entre les doigts, nous sentons l’aspirine, utilisée pour parfumer les desserts.
Le géranium : très utile car il arrête les hémorragies. C’est une plante sauvage commune dont le fruit rappelle un bec de grue.
Les fougères scolopendres dont les feuilles en forme de fer de lance atteignent 0.50 m de long.
Le rumex appelé usuellement oseille ou patience.
Le millepertuis ou mille-pertuis : leurs fleurs jaunes sont utilisées en infusions vulnéraires (assurent la guérison des blessures) et balsamiques (qui a les propriété du baume).
L’arum possède des petites fleurs unisexuées. Dans le langage courant elle est connue aussi sous le nom de « pied-de-veau ». Une espèce ornementale d’Afrique porte le nom de Calla.
L’angélique : Au Moyen Age, on disait d’elle qu’elle évitait d’attraper la peste. C’est aussi une plante aromatique qui est cultivée pour ses pétioles que l’on confit. Elle agirait sur la digestion.
Un tapis de fausses fraises des bois attira les gourmands présents, très rapidement dissuadés de cueillir ces fruits sous peine de complications digestives.
L’épiaire des bois qui sent le cèpe lorsqu’on la froisse entre ses doigts.
Le tapis de pâquerettes : petites marguerites blanches qui fleurissent dès la Pâque.
Le pourpier ou « pied de poule » : Avec ses feuilles charnues, on cuisine de bonnes salades. Une recette les intègre avec bonheur dans une quiche au saumon (selon Mme Reffray). Une autre espèce, originaire d’Amérique du sud, est cultivée pour ses fleurs aux coloris variés.
La potentille est une plante qui pousse dans les endroits incultes, près des rochers de montagne. Elle donnerait de l’éloquence et de la prestance.
La persicaire : plante des zones humides, du genre renouée. Anti diarrhéique.
La renouée : Une espèce cultivée est le sarrasin, ou blé noir, une autre est utilisée comme astringent.
Le plantain : Le plantain d’eau se développe près des étangs. C’est le « sparadrap du pauvre ». Il est anti inflammatoire.
La laîche ou (carex) : plante vivace commune des bords d’eaux, des marais où elle forme des touffes ayant l’aspect de grandes herbes aux feuilles très coupantes.
La prêle : plante des lieux humides à tige creuse. Se mangerait comme des asperges.
Le petit houx : nom usuel d’une espèce de fragon (arbrisseau à petits rameaux et à baies rouges).
Le houx est un arbuste des sous-bois, à feuilles luisantes, épineuses et persistantes dont l’écorce sert à fabriquer la glu.
La silène : très répandue dans les bois d’Europe occidentale.
La bardane : plante commune dans les décombres dont les fruits terminés par des petits crochets s’accrochent aux vêtements. Aurait le goût d’artichaut. Serait l’ancêtre du « velcros », dont le principe aurait été trouvé en l’observant.
La cucubale à baies :
L’arum des jardins se serait échappé des jardins pour coloniser les endroits humides.
La douce amère : plante à fleurs violettes et à baies rouges, qui aurait réussi à coloniser les dunes.
L’épilobe : plante à fleurs pourpres, communes en France dans les endroits humides. Couverte de bourre, on en fait des cordages et de l’étoupe (partie grossière de la filasse de chanvre ou de lin).
La brionne : remplaçait la mandragore dans les formules incantatoires.
La "stellaire média" : « On en fait une salade fabuleuse » nous affirma Myriam Reffay. Notre guide évoqua encore le quesnoy pore blanc, le patois chanoine, le pané, le lierre, la carotte sauvage …
Cette balade le long de l’Eau Bourde, guidée par une passionnée passionnante nous conduisit à la lisière de la botanique, de la pharmacologie, de l’art floral, de l’art culinaire, des légendes. Un pot amical clôtura cette journée sympathique, faisant dire à l’un des randonneurs que «décidément sur la Fête à Léo les journées ne se ressemblent jamais». Un imprudent voulut rajouter le dicton en cours sur la Fête à Léo « Sur la Fête à Léo, il fait toujours beau». A peine avait-il prononcé ces quelques mots, qu’une averse déferla subitement sur le groupe.
Sources :
Intervenants du jour.
Les associations I.C.A.R.E, les Riverains de l’Eau Bourde, Histoire et Mémoire de Canéjan, Pays de Cernès.
Association ICARE 
Tel : 05 56 89 61 33

Dominique Darquest





Canéjan/Gradignan
Au fil de l'Eau Bourde...
Découverte du patrimoine archéologique et naturel de la vallée de l'Eau Bourde
• Journée découverte à pied entre le moulin de Rouillac, à Canéjan et le Prieuré de Cayac,
à Gradignan, en partenariat avec l'association I.C.A.R.E.(Itinérances culturelles – Arts et rencontres), l'Association des Riverains de l'Eau-Bourde, Histoire et Mémoire de Canejan, l'Association du Pays du Cernès, les municipalités de Gradignan et Canéjan
> Visite guidée et commentée par Dominique Reffay, Myriam Reffay, Patrick Persohn, Yonnel Blanc
09h00 : Rendez-vous au parking Moulin de Rouillac (Canéjan)
Moulin de Rouillac
Descente le long de l'Eau-Bourde
Motte et Castera d'Ornon d'Ornon
Moulin de Montgaillard
Motte Saint-Albe
Prieuré de Cayac
Pique-nique tiré du sac au Prieuré de Cayac
14h00 : Retour vers le Moulin de Rouillac
en suivant le cours de l'Eau Bourde
Gué d'Arcachon
Etang d'Ornon avec haltes de présentation de ce ruisseau, de sa flore et de sa faune et des travaux de requalification dont il est l'objet
17h30 : retour au Moulin de Rouillac

Renseignements

Association ICARE

Tel : 05 56 89 61 33