L'association Les Amis de Leo Drouyn vous invite à découvrir dans de conviviales rencontres, sur les pas de l'artiste archéologue du XIXe siècle, le patrimoine girondin, ses richesses architecturales, artistiques, ses paysages et son terroir...

jeudi 2 juin 2011

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Radioscopie d'une église médiévale

Préambule

Au cours des deux précédents chapitres, nous avons évoqué la longue période du Moyen-âge (du Vème au XVème siècle), pendant laquelle la chrétienté a pris forme pour devenir la première des religions en Occident. Nous avons retracé ensuite, brièvement, le climat historique, social et économique, pendant lesquels les chrétiens ont essaimé leurs nombreuses églises sur toute l’Europe. Nous vous avons proposé une description sommaire des deux âges du style roman, conséquences de leurs implications directes avec les soubresauts de la société médiévale.

Dès 313 après J.-C. la «Lettre de Milau» ou «l’Edit de Milau» octroyait aux chrétiens le libre exercice de leur religion. L’empereur Constantin (270-337) ne fut certainement pas étranger à cette décision. Un nouveau rapport entre les hommes et la puissance divine venait de naître. Un empereur unique, un dieu unique. Un nouvel équilibre s’installe, entre la nouvelle religion et l’empire. Les chrétiens rejettent tout ce qui de près ou de loin, rappelle les rites païens. Ils prennent pour modèles, au cours de la construction de leurs édifices sacrés, une grande bâtisse civile qui sert, depuis l’Antiquité de tribunal et de marché couvert: la Basilique.
Dans cette dernière partie de ce modeste triptyque informatif, concernant l’architecture médiévale, nous
aborderons successivement les points suivants :

- Les choix chrétiens
- Les origines du plan basilical
- Le plan succinct d’une église avec un glossaire des termes les plus couramment usités.
- Les principales périodes de
l’évolution des constructions importantes

- Les techniques architecturales romanes
- Nous évoquerons les hommes qui ont rendu cette fabuleuse épopée architecturale.
- Nous soulignerons les principales périodes historiques concernées par l’architecture religieuse.
Ce texte est publié quelques heures avant que ne débute la Fête à Léo 2011. Il ne se passera pas un jour, sans que nos historiens et autres intervenants, n’évoquent des termes issus d’un vocabulaire spécifique à l’architecture d’une église. Quelques-uns (unes) d’entre vous ont souhaité, avant que ne débute la Fête à Léo 2011, une remise en mémoire des principaux éléments de vocabulaire, ainsi que leurs significations. Vous retrouverez quelques-uns des mots, qui vont chanter dans la bouche de Bernard Larrieu et de ses confrères, regroupés dans un glossaire simplifié.

LES CHOIX CHRETIENS
Jusqu’au début du XVème siècle, le christianisme est une secte minoritaire en Gaule. Elle est concurrencée par des cultes orientaux et les religions naturistes. On situe sa première apparition vers 177, à Lyon, où l’évêque Pothin et ses disciples sont martyrisés. Le culte chrétien est autorisé à partir de 313, pour devenir la religion officielle de l’Empire en 353, au concile d’Arles. Le paganisme est alors interdit.

Les autorités chrétiennes veulent rassembler et exercer le pouvoir (Nef et abside)
Les autorités ecclésiastiques sollicitent les maîtres d’œuvre, pour ériger des constructions, où s’exercerait
le culte chrétien. Elles rejettent les temples païens, car elles veulent rayer toutes traces de paganisme dans l’Empire. L’objectif avoué est de confondre dans un même lieu, le culte et le rassemblement des fidèles, d’où le nom d’église (assemblée de). Les dignitaires religieux retiennent le plan basilical comme modèle, car ce dernier répond à toutes leurs attentes. Il rassemble dans la nef les chrétiens et le jugement de tous se fait dans «l’abside». La maison de dieu ne sera pas seulement un lieu de prière et de rassemblement, mais deviendra aussi le tribunal où tous les chrétiens connaîtront la loi impériale et le juge éternel… et ses magistrats. Les autorités chrétiennes, détournent à des fins religieuses le principe du mot «ekklesia». Au temps des grecs, ce dernier signifiant : assemblée des citoyens. Il désigne dorénavant l’ensemble des fidèles et l’édifice du culte chrétien.


L’évolution de l’architecture religieuse en Occident est entièrement liée au choix du plan
basilical romain
.
Les chrétiens s’approprient le plan basilical mais en l’adaptant. Ils orientent la procession du pèlerin dans l’église, en modifiant l’entrée située sur la face la plus étroite (le portail). Contrairement aux us et coutumes antiques. Ils font cheminer le chrétien le long de la Nef, en direction de l’abside (cœur de l’église, le Saint des Saints). Sur la voûte peinte, le Christ trône. Séparant la nef de l’abside, «l’arc triomphal» représente la limite entre le royaume terrestre de celui de Dieu. Au pied de l’arc triomphal, le siège de l’évêque n’est pas éloigné de l’autel. Ce dernier est dorénavant situé à l’intérieur de l’édifice, car les sacrifices ne se font plus. Au cours de l’eucharistie, le sacrifice originel est rappelé par un simulacre, qui consiste à faire manger et boire le corps et le sang du Christ. Autre modification, avec la présence d’un «atrium», cour carrée entourée de portiques, qui prend place devant le portail. Dès le Vème siècle, un porche, le narthex, remplacera l’atrium. Les catéchumènes (personnes non baptisées) ne peuvent pas pénétrer plus avant dans le narthex. Au VIème siècle, le clocher et ses cloches, rythmant la vie des habitants, assoira la domination locale de l’église. Le transept vient s’ajouter à l’édifice, donnant à l’église son aspect actuel.
«On dit souvent que les transepts servent à donner à l’église la forme latine de la croix… mais les lois de la taille rendent leur présence obligatoire. (Stephen Jay Gould, Darwin et les grandes énigmes de la vie 1979).
Le transept (nef transversale), souligne le statut chrétien de la basilique dont l’origine, rappelons-le, est un édifice civil. Il donne à l’ouvrage une forme de croix, symbole de la passion du christ. Associé à l’arc triomphal, il bonifie l’abside, en libérant de l’espace devant ce dernier. Le transept à une autre fonction fondamentale, essentiellement architecturale. Il assoit et stabilise l’édifice. Il permet, en outre d’améliorer l’éclairage de l’église, d’augmenter le nombre de portes et fenêtres, sans fragiliser la structure de l’ensemble. Dans les grandes constructions, le transept associé aux collatéraux facilitera la circulation interne des fidèles et des pèlerins.
Bien avant le Vème siècle, dans l’empire byzantin, la maîtrise du voûtement en coupole (technique connue depuis des millénaires), conduit à un plan centré, dit «croix grecque». La coupole centrale est contrebutée
par des voûtes en berceau, disposées autour d’elle. Le principe de construction de la coupole est introduit dans l’architecture romane. Toutefois, au Vème siècle, l’effondrement de l’Empire romain, les moyens financiers manquants, le plan basilical avec sa charpente en bois, moins coûteuse, perdurera.


LES ORIGINES DU PLAN BASILICAL
Afin d’accueillir les fidèles de la nouvelle religion et célébrer avec eux l’eucharistie, les architectes, à la demande des autorités religieuses, ont retenu le plan basilical romain comme modèle, servant à l’édification de leurs églises. Nous venons d’y consacrer quelques lignes.

La basilique est une invention architecturale civile romaine
Les Maîtres d’ouvrages, se sont inspirés d’un petit édifice construit à Athènes, au début de l’époque classique (Vème siècle avant J.-C.), la «Stoa basiléios» (le portique du roi). C’était en fait une galerie, s’appuyant sur un mur de fond, desservant une rangée d’échoppes et de chambres. Elle servait aussi, à l’accueil du public. Progressivement, cet espace fut utilisé comme abri aux marchés (couverts), de lieux de réunions, de sièges pour les magistrats. Cette construction fut destinée à la conservation et à l’affichage des lois athéniennes. Il n’était dédié, ni jeux, ni aux cultes, mais lié à la vie civile. Cette situation particulière explique l’ambiguïté de son histoire. La basilique était en fait un amalgame entre le sens général, stoa (espace couvert) et son affectation en tant que siège d’une haute magistrature. Elle s’inspire des portiques grecs.

La basilique civile romaine fait la part belle à deux éléments majeurs : l’abside et la ferme à entrait (charpente triangulée)
La basilique romaine servait, dès 180 avant J.-C., d’accueil des marchés couverts et de tribunal. C’était une vaste halle rectangulaire divisée, pour des raisons techniques, en plusieurs volumes (vaisseaux). Les techniciens agrandissaient ainsi, à la demande, le bâtiment en ajoutant un nouveau vaisseau tout en conservant le monolithisme de l’ouvrage. L’abside, seule partie voûtée, en pierre, du monument avait une destination bien précise. Elle était le siège des magistrats publics, lors des plaidoiries. Elle était intimement liée aux notions de pouvoir et de justice.
La charpente à entrait est une invention des architectes romains ou hellénistes. Elle permettait de supprimer des appuis intermédiaires, en reportant les charges de la toiture sur des supports plus éloignés. Des espaces et des volumes plus importants sont obtenus grâce à cette charpente à entrait. Dans les temples grecs, les portées dépassaient rarement les 10.00 m de large. Les Romains grâce à leur charpente à entrait (principe de triangulation), obtiennent couramment le double. Des volumes et des surfaces se créent, permettant d’affecter le bâtiment à l’accueil d’un vaste public, lui donnant aussi d'autres fonctions. Pour agrandir encore plus les surfaces à l’intérieur du bâtiment, les architectes créeront les vaisseaux latéraux (les collatéraux).

LE PLAN D’UNE EGLISE MEDIEVALE COURANTE
Afin d’évoquer simplement les termes architecturaux liés à la composition d’une église courante et importante au Xème siècle, nous emprunterons les pas d’un chrétien se rendant à la messe. Les églises villageoises, plus modestes, étaient rarement dotées de tous les éléments que nous évoquerons dans les lignes suivantes :
- Le chrétien accédera à l’édifice par l’une des trois portes disponibles, après avoir franchi le portail* ou porte et avant le narthex* présent dans la basilique primitive, remplacé très fréquemment par un porche*
couvert en appentis. Il y aura patienté à l’abri, attendant l’ouverture des portes. Dans les villages, ce porche était le lieu de rendez-vous des habitants, désireux de connaître les informations administratives récentes ou de prendre connaissance des derniers potins. Les catéchumènes (non baptisés) ne sont pas autorisés à aller au-delà du porche.

- Une fois à l’intérieur de l’église, le pénitent chemine vers l’autel*, soit en empruntant le vaisseau* central, soit un bas-côté*, soit en collatéral*, en tout cas, en circulant dans la nef* et ses travées*. Un passage libre, central, dessert les chaises ou prie-Dieu accueillant séparément les hommes des femmes. En levant la tête, il pourra observer la présence de tribunes* situées au-dessus des bas-côtés*. Le prieur passera à proximité des fonts baptismaux et rencontrera le transept*, ses bras*, sa croisée*, sa chapelle* et des autels secondaires. Levant la tête, il admirera l’arc triomphal* qui sépare la nef du chevet*. Ce dernier est composé de l’abside*, d’un éventuel déambulatoire* et des chapelles* d’axe et rayonnantes*. Il se trouve maintenant immobilisé devant le bas-chœur* qui précède l’autel principal. Il est arrivé à destination. Derrière l’autel, il observera l’exèdre*. Une porte latérale facilite l’accès direct à la sacristie, à l’attention de l’évêque ou de l’abbé. Il entreverra, l’accès à la crypte*. Le clocher était très souvent placé à proximité du transept afin de faciliter l’accès aux cloches pour les offices, sans avoir à traverser la foule des pénitents priant dans la nef.

Glossaire succinct des termes liés à une église médiévale
- Abside : Du grec apsis «voûte». Dans l’antiquité, partie circulaire d’une basilique civile, formant un hémicycle où siègent les magistrats. Dans l’architecture chrétienne, partie la plus élevée du chœur d’une église. Réservée aux hauts magistrats du culte.
- Absidiole : Chapelle semi-circulaire qui ouvre sur le transept.
- Autel : Du latin altare, désignant un support placé sur la table des sacrifices, sur l’autel antique (ara). Dans l’église chrétienne les sacrifices ne se font plus. Désigne la table sur laquelle, est célébré le sacrifice de la messe – Le Maître-autel est situé dans le sanctuaire. C’est l’autel principal d’une église.
- Arc triomphal : Arcade située à l’extrémité de la nef, à l’entrée du chœur ou de la croisée du transept.
- Baptistère : Lieu où se pratique les baptêmes. A l’origine, se situait hors des lieux de culte, avant d’être intégré à l’église, sous forme de chapelle, abritant les fonds baptismaux.
- Bas-côté : Collatéral peu élevé, dont la hauteur correspond approximativement à la moitié de la hauteur du vaisseau central. Il peut être surmonté de tribunes.
- Basilique : A l’ origine, la basilique est un édifice antique, sorte de forum fermé, formé d’un bâtiment rectangulaire, divisé en nefs. Par la suite, les églises ayant pris cette forme, en ont pris le nom. Aujourd’hui, la basilique est un édifice qui a reçu un titre honorifique, décerné par le Pape.
- Bas-chœur : Lieu avant le Maître-autel, où se tient le bas clergé, vicaires, diacres, chantres.
- Bas-relief : Sculpture formant une faible saillie, sur le fond auquel elle adhère.
- Bras du transept : Chacune des parties du transept, de chaque côté de la croisée.
- Chapelle : Du latin populaire Capella, diminutif de cappra (manteau à capuchon), désignant à l’origine, le manteau de Saint-Martin. (relique conservée dans un oratoire à la cour des rois francs). C’est un lieu de culte intégré à un établissement (château, collège, hôpital, …). Dans une église, c’est un espace pour un culte secondaire, généralement dédié à un saint particulier. Enfin, cela peut être une simple église, qui ne constitue pas une paroisse.
- Chevet : Du latin caput «tête». Par assimilation avec l’emplacement de la tête du Christ sur la croix, ce terme vague, désigne l’ensemble des murs, fenêtres et toitures du chœur vu de l’extérieur.
- Chœur : Partie de l’église, qui abrite l’autel et dont l’accès est réservé au clergé. Du latin chorus «chœur». Dans les cathédrales, il est entouré d’un déambulatoire, dont il est séparé par une clôture.
- Collatéral : Du latin collatéralis «qui se trouve à côté de». Vaisseau latéral de la nef ou du transept d’une église.
- Crépi : Couche de mortier, appliquée à la construction.
- Croisée : La croisée est l’espace, en plan et en volume, déterminé par l’intersection entre les vaisseaux de la nef et du transept.
- Crypte : Espace généralement aménagé en dessous du chœur, abritant les corps des saints, des rois où bien des reliques.
- Déambulatoire : Du latin deambulare «se promener». Couloir dont la présence se généralise dans les grandes églises, à l’époque romane. Il permet aux fidèles et aux pèlerins, de déambuler autour de la crypte ou du sanctuaire, ou d’accéder aux chapelles rayonnantes, sans pénétrer, ni dans le sanctuaire, ni dans le chœur, car ce dernier est réservé aux clercs.
- Enduit : Couche mince, le plus souvent à la chaux grasse (faible teneur en argile), qui sert de finition à un crépi grossier.
- Exèdre : Dans l’antiquité, c’est un endroit doté de sièges, destiné à la conversation ou à des conférences. Par extension, c’est devenu aussi un banc. C’est le nom du siège sur lequel, l’évêque s’assoit dans une église. Il prend le nom de Cathèdre dans une cathédrale.
- Fresque : De l’italien dispingere a fresco «peinture au frais». La fresque consiste à déposer des pigments délayés à l’eau, sur un enduit de chaux frais (récemment réalisé), encore humide. Lorsque s’opère la réaction chimique, qui transforme l’oxyde de calcium (la chaux) en carbonate de calcium (calcaire), Les pigments se trouvent piégés dans l’enduit même et ne peuvent plus s’en détacher.
- Fonts baptismaux : Plus ou moins, grand bassin, contenant l’eau bénite des futurs baptisés.
- Modillons : Pierres en saillie, généralement sculptées, qui soutiennent les éléments d’une corniche.
- Narthex : Galerie intérieure, précédant la nef d’une église primitive. Elle accueillait les non baptisés. Remplacée par le porche.
- Nef : Du latin navis «navire». Partie d’une église, comprise entre le portail et le chœur, dans le sens longitudinal, où se tiennent les fidèles (synonyme vaisseau).
- Peinture a tempera : Dans ce procédé, au contraire de la fresque, les pigments sont fixés par des colles sur un enduit sec. Les colles finissent par se dégrader, les pigments tombent de leur support, les peintures s’effacent peu à peu.
- Portail : Porte monumentale, intégrée dans une façade (généralement la plus étroite).
- Porche : Lieu couvert, aménagé avant le portail, abritant les fidèles avant l’ouverture des portes de l’église. Lieu de réunion et d’information, aménagé contre les églises de campagne.
- Ronde-bosse : Sculpture isolée, détachée d’un fond, à la différence des bas-reliefs.
- Transept : Nef transversale, qui coupe l’axe longitudinal d’une église, séparant la nef du chœur, pour lui donner une forme générale de croix. Les bras du transept sont assimilés aux parties de la croix, où reposaient les bras du Christ.
- Travée : Portion de voûte ou d’espace, comprise entre deux appuis (piliers, murs…)
- Tribune : Dans les églises romanes, les tribunes sont des galeries d’arcades qui s’ouvrent sur la nef. Situées au-dessus d’un bas-côté, l’ensemble forme un collatéral.
- Vaisseau : unité de division longitudinale d’une nef. Espace allongé, délimité par deux murs. Dans le cas d’une église simple (elle n’a qu’un seul vaisseau).

LES TECHNIQUES ARCHITECTURALES ROMANES
A partir du Xème siècle, la nef (espace longitudinal), prévue à l’origine, pour recevoir une simple charpente, est couverte de voûtes appareillées.

Le choix de la voûte appareillée est fondamental.
Il s’explique par le fait, des difficultés d’approvisionnement en matériaux compliqué par une pénurie de main-d’œuvre. Les premières voûtes, dites concrètes, étaient constituées, d’un mélange de sable, de chaux et de pierres concassées, proche du béton romain. Le monolithisme de l’ensemble est très bon et la charge, n’est liée qu’à son propre poids. Pourtant, les bâtisseurs ne retiennent pas ce procédé, car trop couteux (main-d’œuvre, déforestation, coût des transports….), pour le monde féodal. La voûte appareillée (de pierres taillées), s’impose comme la seule technique raisonnable financièrement.

Les procédés romans ramènent les poussées obliques à des charges verticales
Toutefois, ces voûtes mettent en danger la solidité des constructions, sur lesquelles elles exercent des poussées obliques, en plus de leur propre poids, non négligeable. Face à ces poussées énormes, les architectes transforment la nef, en une structure qui absorbe et dévie les forces vers les collatéraux, qui les transfèrent au sol. Les murs s’épaississent, les contreforts extérieurs apparaissent, les arcs doubleaux, les arcs de décharge, les arcs boutants s’imposent. Les arcs plein-cintre et les arcs brisés, se démultiplient afin de transférer au sol rapidement, les poussées extrêmes, exercées par les voûtes.
Une fois ces techniques maîtrisées, la réalisation des coupoles se répand, la voûte en cul-de-four, habille bon nombre d’absides. Le berceau plein-cintre, couvre de nombreux vaisseaux centraux des nefs. Le berceau brisé, seule voûte romane n’existant pas à l’époque romaine, se répand.
Les charpentes évoluent dans leurs formes et leurs fonctions. La ferme à entrée (montée par les romains), voit son usage se multiplier et s’adapter aux voûtes en pierre, soulageant les charges produites par les toitures, en transmettant celles-ci aux clés des voûtes. Le bois entre en ligne de compte dans la confection des nouvelles machines de levage, d’échafaudage de chantier, capables de répondre aux nouvelles hardiesses architecturales. Les déforestations importantes, liées à la demande de chêne, font que cette essence devient rare. Les charpentiers inventent de nouveaux assemblages, sur d'autres essences d'arbres afin de compenser cette pénurie de chêne (Xème siècle). Les colonnes et les piliers s’adaptent, eux aussi, aux nouvelles contraintes. Les bases des colonnes et leurs sommets s’évasent, afin de mieux concentrer les forces, vers le fût, puis le sol. Les profils des piliers sont modifiés, leurs positions dans l’église aussi, afin de mieux répartir au sol, les charges qu’ils reçoivent.
Les baies romanes ou «roses» sont les seules grandes ouvertures, acceptées dans les murs non porteurs. Les baies géminées, les baies à claustra, à colonnettes, les portes sont présentes avec parcimonie. L’intérieur des églises s’assombrit.

«En l’espace de trois siècles, de 1050 à 1350, la France a extrait plusieurs milliers de tonnes de pierres pour édifier, 80 cathédrales, 500 grandes églises, quelques dizaines de milliers d’églises paroissiales. La France a charrié plus de pierre au cours de ces trois siècles que l’ancienne Egypte en n’importe quelle période de son histoire» (Jean Gimpel – Les bâtisseurs de cathédrales)
La pierre est le matériau privilégié, autant à cause de ses qualités intrinsèques, que sa facilité d’extraction. Nous la retrouvons, jusque et y compris, sur les toits (ardoises, lauzes). Le calcaire reste le plus fréquemment employé (partout présent), même si le basalte, le granit ou le grès, ne sont pas oubliés. Les murs, leurs épaisseurs, leurs profils en travers, évoluent eux aussi, afin de répondre aux nouvelles contraintes. Les «blocages» de cailloux, avec du mortier, ne suffisent plus. Les appareils simples (une seule pierre de taille), conviennent uniquement aux remplissages. Pour les murs porteurs, les artisans utilisent «l’appareil à profondeur», soit deux pierres de taille collées l’une contre l’autre, ou bien, «la maçonnerie fourrée», deux pierres de parement, espacées, «coffrant» un remplissage de tout venant, solidifié au mortier. La pierre est utilisée aussi, dorénavant en décoration extérieure et intérieure.
Les techniques sidérurgiques progressant, la solidité et le mordant des outils, donc de leurs performances, s’en trouvent bonifiées. Les clous métalliques apparaissent, même si les charpentiers préfèrent encore les assemblages avec des chevilles bois.
Les tirants métalliques plus performants, investissent les vitraux. Plus rigides, plus solides, ils vont
séduire bon nombre de commanditaires.

En hommage aux dieux auxquels ils étaient consacrés, les temples romains étaient ornés et colorés. Au Moyen-âge, les hommes n’ont pas dérogé à cette règle.
L’architecture en soit, est une œuvre d’art, avec ses arcades, ses arcs boutants, ses cintres, ses piliers et
ses voûtes.

La sculpture est une composante omniprésente dans l’architecture romane. Elle pare les chapiteaux, les tympans des portails, les modillons, les têtes de colonnes, les bas-reliefs. Elle devient ronde-bosse.
Les églises médiévales sont plus colorées que ne le laissent apparaître les pierres actuelles débarrassées de
leurs crépis et de leurs enduits. Les revêtements ne se sont pas bien conservés, car ce ne sont pas des fresques, mais des peintures murales réalisées «a tempera». Elles trouvèrent leurs motifs d'inspiration dans les œuvres antiques, les enluminures sur parchemin, dans la vie des saints, des scènes bibliques, où mettaient en exergue, les vices et les vertus pointées du doigt par la morale chrétienne.

L’art des mosaïques, présent dans
les églises paléochrétiennes et carolingiennes, se raréfie à l’époque romane pour disparaitre ensuite. Le vitrail magnifie la lumière, qui se fait rare dans l’église médiévale. Il devient un art à part entière.

Au Xème siècle, les contraintes techniques nouvelles, liées à la mise en œuvre des voûtes, les conséquences sur l’architecture interne, l’environnement économique délicat, les pénuries de main-d’œuvre qualifiée, de matériau (chêne), vont concourir à transformer définitivement les églises romanes, pour leur donner l’aspect que nous leur connaissons à ce jour.

LES CHRETIENS, LES HOMMES D’EGLISE ET LES BATISSEURS
Nef, abside et transept, définissent la forme générale de l’église occidentale. A l’intérieur de celle-ci, d’autres règles régissent la distribution interne.
Dès l’origine, c’est sur les reliques d’un martyr ou d’un saint que se fonde, l’édifice du culte chrétien contrairement à la tradition antique. Cette dernière voulait que les temples appartiennent aux vivants et à la cité. Les nécropoles «cité des morts», situées en dehors de la ville, sont le royaume des morts. Au moyen-âge, le défunt ne veut plus résider avec ses semblables dans une nécropole, mais reposer auprès du Saint vénéré, dans l’attente de son jugement dernier. La lumière de Dieu qui a touché le Saint, peut toucher à son tour le fidèle par l’intermédiaire de ses reliques. D’où l’importance des pèlerinages et du bras
de Fer entre pèlerins et autorités religieuses, qui va aboutir à la création du déambulatoire, couloir interne permettant d’accéder aux reliques. L’église dans la ville est dominée par
l’évêque (épiscopus «le surveillant». il gère, préserve, surveille la communauté dans la ville, mais aussi dans le diocèse. Son rôle ira crescendo, tant sur le plan politique, religieux, que civil. Il sera parfois appelé «hiérarque» qui donnera hiérarchie. A l’intérieur du sanctuaire, le conseil des anciens (les presbytres) entoure l’évêque. En contrebas de ce dernier, les clercs, soumis à l’autorité de l’évêque, chantent et prient durant l’office. C’est le chœur liturgique. Les fidèles sont cantonnés dans la nef. Dès le IXème siècle, les abbayes dirigées par une abbesse ou un abbé (en grec abba «père») se développent. Installées à la campagne, elles côtoient le pouvoir économique et politique de la féodalité. Protégées par le pape, enrichies des dons des seigneurs locaux, ces abbayes deviennent vite les seuls centres de la conservation du savoir. L’architecture s’y développe. Les moines vivent en pleine autarcie et tirent des revenus considérables de leurs possessions. Cette richesse monastique entame leur crédibilité dans le peuple.
Dans les villes, l’évêque règne au milieu du quartier cathédral. Les chanoines, résident dans des maisons à peine différentes de celles des laïques. Sous la pression des nouvelles exigences de connaissance, se créeront les écoles ecclésiastiques et bientôt les universités.
Quelques mots à l’attention des bâtisseurs devant l’éternel. Ils ont érigé des milliers d’églises dans un anonymat absolu. A la lecture de quelques documents, nous constatons que la plus part du temps, les clercs n’agissaient qu’en tant que commanditaires et gestionnaires de chantier. Le maitre d’œuvre à la fois, architecte, géomètre et ingénieur, dirige et coordonne les différents corps de métier à l’aide du parlier (personne sensée connaitre toutes les langues parlées sur le chantier).
Appareilleurs, maître-maçon, tailleurs de pierre, charpentiers, sculpteurs, verriers, bardeurs, tous obéissaient aux tracés du compas et de la virga (étalon de longueur). Il n’y avait pas encore à cette époque d’unité universelle. Les us et coutumes favorisaient l’utilisation de l’empau (largeur de la main) du pied, de la cordée, du cordeau, du niveau à eau, de la jauge, de la corde à nœuds et du fil à plomb. Le compas, l’équerre étaient constamment utilisées dans les épures tracées au sol à l’échelle 1 sur place (in situe).


Sources :

  • Principes et éléments de l'ARCHITECTURE RELIGIEUSE médiévale-Guide aide-mémoire-Les éditions FRAGILE.
  • Architecture Romane, Architecture Gothique-Alain Erlande-Brandenburg-Editions Jean-Paul Gisserot.
  • Dictionnaire d'Architecture-Mathilde Lavenu et Victorine Mataouchek-Editions Jean-Paul Gisserot.
  • Initiation à la symbolique romane-Marie-Madeleine Davy-Champs Histoire.
  • Les publications des Editions de l'Entre-deux-mers.

Dominique Darquest